J'ai oublié que je dois prendre soin de moi-même et par ricochet du cowboy sumo car le stress m'est hypothétiquement interdit. Comme si c'était possible de niveler dans le zen, comme si je confectionnais un rôti au lieu d'un être humain.
J'essaie d'oublier mon stress car il devient, par moment, à la limite du supportable. Je pense au capitaine et au chagrin qui m'a accompagné pendant de si nombreux mois. Comment la lourdeur de la vie m'atteignait dans toutes les sphères, les facettes de mon existence.
À crier encore et encore aux imbéciles qui ne cessaient de me passer des commentaires surfaits et non nécessaires: je n'ai pas raté un soufflé au four; j'ai perdu mon bébé, mon enfant, l'amour de nos vies à Papa poule et à moi.
Lorsque l'arc-en-ciel a commencé à laisser aller quelques rayons colorés ici et là, j'ai vu que ma vie n'était pas finie. Qu'il y avait encore quelque chose pour nous.
Et c'est alors que Paloma-Minifée-qui-devint-le-cowboy-lutteur-de-sumo est apparu. Et m'a permis de croire que c'était à nouveau possible.
Aujourd'hui, je suis totalement amoureuse de bébé. Il a presque 23 semaines, a ses minis ongles formés, des femurs dignes d'un joueur de basketball et est désespéremment grand pour son âge gestationnel. À tous les jours je lui dis combien nous allons être bien ensemble, combien nous allons nous amuser. Je ne suis pas originale ni différente des autres parents.
Sauf que j'apprécie peut-être plus tous les micros moments où je le sens en vie. Lorsqu'il bouge, lorsqu'il me boxe l'intérieur et m'empêche de dormir. Même lorsque je me regarde dans le miroir et me demande ce dont je vais avoir l'air dans 15 semaines. Je ne sais plus qui prier pour que le malheur ne nous frappe pas encore une fois. Je veux qu'il demeure avec nous. Je l'aime déjà tant.

