samedi 29 novembre 2008

Innerspace

Ce soir je passe un tête à tête avec mon fiston. Le deuxième. Quoi que le premier est toujours avec moi également. Nous sommes donc trois. Papa poule est parti rencontrer artiste X pour contrat Y. J'étais invitée mais j'ai décidé à la dernière minute de rester à la maison. Toute la semaine j'ai eu mal au ventre, eu des contractions, m'en ai fait pour la saga de la carriole comme si c'était si important.

J'ai oublié que je dois prendre soin de moi-même et par ricochet du cowboy sumo car le stress m'est hypothétiquement interdit. Comme si c'était possible de niveler dans le zen, comme si je confectionnais un rôti au lieu d'un être humain. 

J'essaie d'oublier mon stress car il devient, par moment, à la limite du supportable. Je pense au capitaine et au chagrin qui m'a accompagné pendant de si nombreux mois. Comment la lourdeur de la vie m'atteignait dans toutes les sphères, les facettes de mon existence.

À crier encore et encore aux imbéciles qui ne cessaient de me passer des commentaires surfaits et non nécessaires: je n'ai pas raté un soufflé au four; j'ai perdu mon bébé, mon enfant, l'amour de nos vies à Papa poule et à moi.

Lorsque l'arc-en-ciel a commencé à laisser aller quelques rayons colorés ici et là, j'ai vu que ma vie n'était pas finie. Qu'il y avait encore quelque chose pour nous.

Et c'est alors que Paloma-Minifée-qui-devint-le-cowboy-lutteur-de-sumo est apparu. Et m'a permis de croire que c'était à nouveau possible.

Aujourd'hui, je suis totalement amoureuse de bébé. Il a presque 23 semaines, a ses minis ongles formés, des femurs dignes d'un joueur de basketball et est désespéremment grand pour son âge gestationnel. À tous les jours je lui dis combien nous allons être bien ensemble, combien nous allons nous amuser. Je ne suis pas originale ni différente des autres parents.

Sauf que j'apprécie peut-être plus tous les micros moments où je le sens en vie. Lorsqu'il bouge, lorsqu'il me boxe l'intérieur et m'empêche de dormir. Même lorsque je me regarde dans le miroir et me demande ce dont je vais avoir l'air dans 15 semaines. Je ne sais plus qui prier pour que le malheur ne nous frappe pas encore une fois. Je veux qu'il demeure avec nous. Je l'aime déjà tant.

3 commentaires:

Mme Cornue a dit…

On ne sait jamais quoi dire dans des moments comme ceux-là, j'essaie de me la fermer le plus possible si je crois que mes mots ne feront pas de bien, pas toujours évident.

Je pense aussi, que malheureusement, il faut nécessairement être passé par là pour comprendre à quel point on s'en fout des autres quand ça nous touche nous.

Je n'ai pas perdu d'enfants, mais j'ai zieuté de près 2 fois la ligne trop mince. La première fois je n'avais pas réalisé, mais la deuxième fois, j'ai mis du temps à laisser aller certains sentiments de peur que ça arrive...

Reste que ce sont des évènements avec lesquels on n'apprend qu'à vivre, on ne peut jamais vraiment passer par-dessus j'imagine hein?

Tout va bien aller pour ton petit sumo, lâchez pas :)

L'aubergiste en devoir a dit…

@ Madame Cornue: un petit truc si ça arrive à quelqu'un que vous connaissez: la seule chose qui peut faire du bien c'est d'avouer effectivement que vous ne savez pas quoi dire.
- Je ne sais pas quoi te dire mais je suis touchée, je suis là...
Avouer qu'on ne sait pas quoi dire ou quoi faire est cent fois mieux que d'essayer de consoler en ayant les phrases toutes préparées...Et se taire et créer l'isolement peut être aussi difficile pour les deux parties. Tout dépend également de la personnalité de la personne en deuil. Certains voudront en parler, d'autres non. Mais personne ne voudra être oublié...

Passer par-dessus signifie ne pas traverser l'épreuve; c'est une psy qui m'a expliqué cela. Il ne faut pas cacher sa peine, sa colère. Ils rebondissent toujours. Il faut traverser la tempête pas par pas. Ensuite, on se sent vraiment mieux.

Tout est question de cheminement, de deuil. Un deuil ça comporte des étapes. Lorsqu'on nous permet de les franchir à notre rythme, ensuite, il demeure un grand sentiment d'amour et de nostalgie mais également une magie qui nous a transformés pour le mieux. J'aurais aimé ne pas vivre ça pour le comprendre mais avec le temps, le recul, on accepte et la plaie et la peine se font beaucoup moindre.

Merci de votre commentaire! ;)

The B a dit…

Je voudrais laisser un message mais effectivement, je ne sais pas quoi dire sauf, quinze semaines, ça va vite!